« Heimat » à Lenzbourg

Le terme « Heimat » n’a pas d’équivalent en français; on pense patrie, mais la patrie, c’est le pays des pères, le Vaterland. Comment rendre le « Heim », le chez-soi, là où on est à la maison ? Le pays natal ? Le berceau ? L’exposition Heimat à Lenzbourg donne des éléments de réponse, qui s’appuient en particulier sur une vaste enquête auprès de la population à l’occasion de douze fêtes foraines.

Design Studio Roth&Maerchy

Cette espèce de Luna Park pour égarés en recherche de leur lieu propose une succession de stations et d’expériences d’où l’on ressort décontenancé et surpris. C’est donc l’occasion d’une visite patriote dépaysante, en allemand, français et anglais. À l’entrée, demandez la documentation en français et un sac de jetons pour francophones.

Où s’est-on senti le plus chez soi et en sécurité que dans le ventre maternel ? Une première station immersive, son et lumière, tente de reproduire quelque chose de cet univers à l’usage de ceux et celles pour qui c’est un lointain souvenir.

Dès qu’on en sort, on doit traverser des couloirs qui doivent nous faire peur. Pourquoi ? Parce que la Heimat serait située quelque part entre la nostalgie et la peur, selon le psychologue Fritz Riemann.

On revient ensuite à soi pour une séance de psychanalyse devant un écran. Le mien est resté bloqué sur l’allemand en dépit de mes efforts pour l’avoir en français : j’avais peut-être les mauvais jetons. Il s’agit de répondre à des questions. On nous demande de bien répondre, car les réponses permettront de déterminer l’endroit où l’on est vraiment chez soi – et de recevoir un « acte d’origine » tout à la fin. Cette psychanalyse a des accents lacaniens, puisqu’on passe immédiatement après au stade du miroir dans une salle des glaces plus ou moins déformantes, où l’on est confronté à sa propre image.

La salle suivante invite à rencontrer d’autres personnes. Cela se veut personnel, presque intime, car on pénètre dans des maisonnettes contenant leurs objets familiers, avec leur témoignage en vidéo ou en audio seul. J’ai ainsi fait la connaissance d’une étudiante musulmane de Genève, d’un jeune homme qui a trouvé sa heimat en devenant femme, d’un geek qui est partout chez lui à condition d’avoir une bonne connexion internet, et d’une Américaine qui ravive ses origines suisses en cuisinant une soupe au schabziger.

Ausstellung_Heimat_Stapferhaus_Lenzburg – Photo : Anita Affentranger

Où suis-je donc par rapport aux autres ? Dans la salle suivante, mon portrait est projeté au plafond avec celui des autres visiteurs présents dans la salle (les jetons reçus à l’entrée permettent manifestement de nous tracer), d’abord au milieu de la galaxie, puis par rapport à deux grands axes : distance/proximité et changement/continuité. Ma tête n’occupe pas le même lieu que celle de mes voisins, c’est clair.

Ausstellung_Heimat_Stapferhaus_Lenzburg – Photo : Anita Affentranger

La grande roue, à laquelle on accède ensuite, est censée favoriser la rencontre effective avec d’autres personnes, connues ou non, mais c’était le matin, nous étions peu nombreux et je me suis retrouvé seul dans ma nacelle pour trois petits tours au soleil.

Ausstellung_Heimat_Stapferhaus_Lenzburg – Photo : Anita Affentranger

La patrie est thématisée dans une salle plus didactique, en forme de jardin public. Qu’est-ce qu’un vrai Suisse ? Chacun se prononce en votant et les résultats sont rendus visibles. Quels sont les différents statuts des étrangers ? D’où viennent les passeports ? C’est la patrie au sens de nation, les règlements, les droits des uns et des autres, les règles du vivre ensemble.

Ausstellung_Heimat_Stapferhaus_Lenzburg – Photo : Anita Affentranger

Pour finir, après deux bonnes heures de visite et une virée en réalité virtuelle dans l’espace intersidéral, j’ai reçu mon « certificat d’origine ».

Le vôtre vous attend à Lenzbourg jusqu’au 25 mars 2018. C’est dans un bâtiment près de l’arsenal, le Stapferhaus, à 8 minutes à pied de la gare (et non au château). Impossible de se perdre, le chemin est bien balisé.

Au total, une expérience ludique, sensorielle, surprenante, dérangeante, qui, mine de rien, conduit à des réflexions existentielles inhabituelles.

Résurrection

Pâques est plus facile à accepter comme week-end de vacances (malgré les bouchons) que comme fête de la résurrection du Christ. La résurrection passe mal, même chez les chrétiens. Cela peut se comprendre, mais jusqu’à un certain point seulement, car la foi chétienne a-t-elle encore un sens si on cesse de croire à la résurrection ? La résurrection est le centre, le pivot, la clé qui donne son sens au message de l’évangile. Si Jésus n’est pas ressuscité, autant tout laisser tomber.

Pourtant, même ses disciples ne croyaient pas Jésus quand il leur annonçait qu’il ressusciterait le troisième jour. Et les femmes, qui sont devenues les premiers témoins de la résurrection, ne se sont pas rendues au tombeau parce qu’elles y croyaient, mais pour embaumer le cadavre de Jésus. On reste saisi devant l’attitude des les disciples au moment où il a été arrêté et crucifié. Tous ceux qui le suivaient l’abandonnent et s’enfuient. Pierre affirme à trois reprises qu’il ne connaît pas cet homme, puis le coq chante.

Comment croire à la résurrection ? Charles Colson, qui fut conseiller spécial du président Nixon et l’un des responsables du cambriolage du Watergate, a raconté comment tous les collaborateurs du président, tous ses fidèles, ont fui pour éviter de couler avec Nixon. Ils ont essayé de se sauver, comme les disciples de Jésus. Or, cinquante jours plus tard, au moment de la Pentecôte, Pierre tient un discours à Jérusalem, avec les onze apôtres, où il affirme ceci : « Dieu l’a ressuscité, en le délivrant des liens de la mort, parce qu’il n’était pas possible qu’il soit retenu par elle… Que toute la maison d’Israël sache donc avec certitude que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié. » (Actes 2.24,36)

Ces hommes qui avaient fui, les voici qui annoncent la bonne nouvelle avec assurance. Ils vont bouleverser le monde. Un tel changement ne peut s’expliquer que par un événement tout à fait exceptionnel, et cet événement, c’est la résurrection de Jésus, le Christ. Voilà l’argument de Colson en faveur de l’historicité de la résurrection (dans son livre Aimer Dieu, où il raconte comment il s’est converti pendant qu’il purgeait sa peine en prison).

L’apôtre Paul affirme que si le Christ n’est pas ressuscité, les chrétiens sont les plus malheureux de tous les hommes. Or le Christ est réellement ressuscité et les plus malheureux des hommes ne sont pas ceux qui le suivent, mais ceux qui ne le connaissent pas – ou qui ne veulent pas le reconnaître.