La quadrature de la rondelle

En France, les esprits s’enflamment autour d’un projet d’article de loi qui veut permettre, par exception, d’enseigner en anglais à l’université. Un projet de loi est débattu à l’Assemblée nationale (Le Temps, 23 mai 2013).

En cause, la défense de la langue française et le rayonnement de la France dans le monde, comme si seule la langue française pouvait être porteuse des valeurs de la France. Certains craignent «une forme de capitulation ou de colonisation absolument incroyable» alors que d’autres en appellent au réalisme : en sciences, la plupart des travaux et des échanges entre chercheurs se font en anglais.

Nous n’avons plus ces problèmes en Suisse, comme en témoigne l’image que voici :

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Chez nous, les disques peuvent être carrés sans faire problème. Trois des quatre langues nationales sont représentées sur l’emballage de ce produit. En prime, l’anglais pointe le bout de son nez dans la dénomination allemande du produit : ces disques d’ouate sont des pads, des tampons. Et ils sont carrés, c’est dit en français, sans toutefois l’accord de l’adjectif. En deux mots, le rédacteur alémanique de la Migros a réussi à utiliser trois langues : l’allemand, l’anglais et le français. C’est très fort. Qui a dit que la Suisse n’est pas plurilingue ?

Mais qu’importe, c’est du coton bio. Il ne devrait pas provoquer d’effets secondaires indésirables.

Big Google is watching you

Pas de longs développements aujourd’hui, simplement deux ou trois éléments dans la foulée du billet consacré aux lunettes Google le 25 avril dernier.

Google Play for Education

Tout d’abord une nouvelle toute chaude, qui réjouira certains et en préoccupera d’autres. Google propose maintenant Google Play for Education. Google Play, c’est l’équivalent de l’App Store d’Apple pour les smartphones et tabletttes qui fonctionnent sous Android. L’avance prise dans ce domaine par Apple avec l’iPhone et l’iPad est menacée.

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Grâce à cet outil, les enseignants auront les outils pour propulser le contenu éducatif sur les périphériques mobiles de leurs élèves, tels que des livres, des applications, des vidéos YouTube, et autres. Bien sûr, le contenu sera trié en fonction du sujet et de la nuance recherchée. Cela nécessite évidemment que tous les élèves disposent d’un compte Google.

L’important, c’est la dernière phrase. Tous les élèves et tous les enseignants vont-il être obligés d’avoir un compte Google par décision de telle ou telle autorité scolaire ?

Et si on se passait de Google ?

Le deuxième élément, c’est un article paru récemment sur France TV Info : Comment empêcher Google de vous pister en ligne ? Il contient des indications pratiques pour mesurer ce que Google sait de vous (il en sait plus que vous ne le pensez), des recommandations pour limiter ses traces et des propositions de solutions de remplacement.

Une dernière information pour montrer qu’on peut avoir des raisons de s’inquiéter. Le 2 mai dernier, Google a déposé un brevet pour contrôler automatiquement ce qu’écrit un utilisateur de façon à informer une tierce personne (qui donc ?) en cas de violation d’une règle privée ou publique. Ça devient urgent de cesser d’utiliser Gmail pour son courrier : Big Google ne se contente plus de lire vos mails, il regarde ce que vous écrivez… Pour en savoir plus, lisez l’article de 01net.

Cantonnier de la Voie royale

L’interview est un art difficile. J’ai toujours préféré poser les questions plutôt que d’être celui à qui on les adresse. Mais voilà, maintenant, c’est à moi de répondre. Quand je suis dans cette situation, toutes mes idées me désertent et j’ai mille peine à les rattraper pour composer une réponse qui se tienne à peu près. Je reste un homme de l’écrit : premier jet, réécriture, correction, reprise, réarrangement des mots et des phrases jusqu’à obtenir une expression satisfaisante de mes idées : voilà comment j’aime communiquer.

Ce préambule est là pour vous présenter une interview de moi par Serge Carrel à propos de La Sagesse ou la Vie. Vous pouvez lire sa présentation sur le site de la FREE ou regarder directement l’interview en cliquant dans l’image. Durée : 15:05.

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Plusieurs questions tournent autour de mon ambition d’être un « cantonnier de la Voie royale », c’est-à-dire un critique des préjugés qui encombrent le chemin menant à la foi. C’est effectivement le propos principal de mon livre. Si mes réponses dans l’interview vous paraissent trop courtes, pas de problème : la version longue est dans La Sagesse ou la Vie.

L’adieu aux cigares

Pour fêter mon anniversaire à ma manière, j’ai décidé de m’offrir un très bon cigare, le premier depuis que j’ai arrêté d’en fumer, peu avant Noël, quand j’ai dû m’y résoudre par égard pour ma santé. Je me disais cependant que deux ou trois dans l’année porteraient moins à conséquence qu’un ou deux par jour, et je m’étais promis d’attendre mon anniversaire pour en reprendre un.

L’occasion réclamant de la qualité, j’ai acheté un Cohiba. Je l’ai allumé dans le garage, à l’abri des courants d’air. Un bel allumage, homogène, reconnaissable à la mince bague de cendre grise qui s’est dessinée. Puis je me suis installé sur la terrasse, avec un café et une grappa.

La douceur de la fumée m’a surpris. J’avais oublié que les cigares de bon diamètre sont plus moelleux que les autres. Presque une déception : j’aime le fort, le bien aromatique, le profond, mais je savais d’expérience qu’il suffisait d’attendre : après le foin vient le divin, disent les amateurs. Et après le divin, le purin du dernier tiers, sauf qu’il y a des trucs pour rattraper la situation et fumer le reste jusqu’à s’en brûler les doigts.

Autour de moi, la rumeur du vent dans les arbres, le chant de quelques oiseaux, les premières fleurs se balançant dans la brise, le soleil, déjà chaud pour la saison. Le cigare, bien construit, se consumait régulièrement, un vrai bonheur. La fumée gagnait en intensité. Que demander de plus ? Un beau moment à vivre, un moment rare. Je faisais des projets : l’an prochain, un autre, et ainsi de suite, pour marquer chaque nouvelle année. Il y aurait certainement d’autres occasions dans l’intervalle. La chaleur, la fumée et la grappa conjuguaient leurs effets pour mon plaisir. Pourtant, peu à peu, une autre idée se faisait jour : c’est mon dernier cigare, il n’y en aura plus d’autres.

Je l’ai tiré jusqu’au bout, sans regret. Quand je suis allé jeter le mégot et les cendres au compostier, j’ai respiré profondément, comme si la fumée avait réveillé des recoins de mes poumons dont je ne soupçonnais plus l’existence.

Les cigares m’ont souvent porté à des méditations – forcément fumeuses – sur la vie et la mort. Le cigare meurt après avoir livré ses arômes et sa charge de nicotine. C’était encore plus vrai de celui-ci, à cause du supplément d’irréversibilité que lui a donné ma décision mûrie au long des dernières bouffées : c’est le dernier, je dis adieu aux cigares.

Ramuz disait que c’est parce que tout doit mourir que tout est si beau. Mon dernier cigare s’est éteint après m’avoir offert un beau moment. Il a mis fin à la série de ses semblables. Je peux continuer de vivre sans eux.