Des regards sur la Suisse étrangement familiers

L’exposition « Étrangement familier. Regards sur la Suisse » se tient au Fotomuseum de Winterthour à l’initiative de la Fondation Suisse pour la Photographie, en coproduction avec le Musée de l’Élysée et avec le soutien de Suisse Tourisme. Cinq photographes étrangers ont été invités à donner leur vision de la Suisse.

Ma visite a été trop rapide. Je ne me suis pas donné le temps d’une immersion suffisante, gêné par la voix criarde d’une femme qui donnait une sorte de formation à un groupe de personnes que je suppose malentendantes. Quelques impressions tout de même.

Les cinq photographes invités ont tous choisi un fil conducteur. Le photographe américain Shane Lavalette s’est rendu dans les douze localités où Theo Frey, photographe documnentaire, était allé travailler dans le cadre d’un mandat pour l’exposition nationale de 1939. Il livre quelques images intéressantes, mais ce sont les planches de contact de Frey qui ont le plus retenu mon attention.

Alinka Echeverría (Mexique/GB) a choisi une approche psycho-sociologique : les adolescents, les jeunes entre l’enfance et l’âge adulte, ou quand les frontières se brouillent entre les générations, les genres, etc. J’ai trouvé cette démarche très convenue mais, heureusement, les images valent mieux qu’elle. Soit dit en passant, parler de frontières qui se brouillent et de catégories qui se confondent revient à poser l’existence de ces frontières et de ces catégories. On les réactive d’autant plus qu’on les nie.

Le troisième regard met en scène les hauts lieux touristiques dans les deux sens du mot : ils sont incontournables et ils sont en altitude. Le Pilate, le Schilthorn, le Harder Kulm à Interlaken, et d’autres encore. Les « tableaux photographiques » de de Simon Roberts (GB) jouent sur une double  mise en abîme : il  photographie ceux qui se photographient, dans des endroits qui surplombent de vertigineux précipices. Les touristes se trouvent exactement à l’endroit requis par l’esthétique générale de l’image. Bien joué.

Je n’ai pas du tout adhéré à la démarche d’Eva Leitolf (Allemagne) dans sa série « Matters of negociation ». Les mots font sens, mais les images présentées en regard sont sans rapport, alors que j’espérais que sa série, qui interroge le plus le terme « patrie », ferait écho à l’exposition de Lenzbourg dont j’ai parlé dans le billet précédent. Mais non. On peut souligner que le paysage d’un côté de la frontière ressemble furieusement à celui qui se trouve de l’autre côté, mais cela me paraît de peu d’intérêt, surtout quand les images sont aussi plates.

Finalement, ce sont les photographies du Chinois Zhang Xiao que j’ai préférées. Son regard frais, moins surchargé de références que celui des quatre autres, se sert du cours du Rhin comme fil conducteur. Ses images existent pour elles-mêmes. Elles n’ont pas besoin des explications théoriques sans lesquelles celles de ses collègues perdent une partie de leur intérêt.

L’exposition est encore visible jusqu’au 7 mai 2017 à Winterthour. Elle sera reprise au Musée de l’Elysée à Lausanne du 25 octobre 2017 au 7 janvier 2018.

« Heimat » à Lenzbourg

Le terme « Heimat » n’a pas d’équivalent en français; on pense patrie, mais la patrie, c’est le pays des pères, le Vaterland. Comment rendre le « Heim », le chez-soi, là où on est à la maison ? Le pays natal ? Le berceau ? L’exposition Heimat à Lenzbourg donne des éléments de réponse, qui s’appuient en particulier sur une vaste enquête auprès de la population à l’occasion de douze fêtes foraines.

Design Studio Roth&Maerchy

Cette espèce de Luna Park pour égarés en recherche de leur lieu propose une succession de stations et d’expériences d’où l’on ressort décontenancé et surpris. C’est donc l’occasion d’une visite patriote dépaysante, en allemand, français et anglais. À l’entrée, demandez la documentation en français et un sac de jetons pour francophones.

Où s’est-on senti le plus chez soi et en sécurité que dans le ventre maternel ? Une première station immersive, son et lumière, tente de reproduire quelque chose de cet univers à l’usage de ceux et celles pour qui c’est un lointain souvenir.

Dès qu’on en sort, on doit traverser des couloirs qui doivent nous faire peur. Pourquoi ? Parce que la Heimat serait située quelque part entre la nostalgie et la peur, selon le psychologue Fritz Riemann.

On revient ensuite à soi pour une séance de psychanalyse devant un écran. Le mien est resté bloqué sur l’allemand en dépit de mes efforts pour l’avoir en français : j’avais peut-être les mauvais jetons. Il s’agit de répondre à des questions. On nous demande de bien répondre, car les réponses permettront de déterminer l’endroit où l’on est vraiment chez soi – et de recevoir un « acte d’origine » tout à la fin. Cette psychanalyse a des accents lacaniens, puisqu’on passe immédiatement après au stade du miroir dans une salle des glaces plus ou moins déformantes, où l’on est confronté à sa propre image.

La salle suivante invite à rencontrer d’autres personnes. Cela se veut personnel, presque intime, car on pénètre dans des maisonnettes contenant leurs objets familiers, avec leur témoignage en vidéo ou en audio seul. J’ai ainsi fait la connaissance d’une étudiante musulmane de Genève, d’un jeune homme qui a trouvé sa heimat en devenant femme, d’un geek qui est partout chez lui à condition d’avoir une bonne connexion internet, et d’une Américaine qui ravive ses origines suisses en cuisinant une soupe au schabziger.

Ausstellung_Heimat_Stapferhaus_Lenzburg – Photo : Anita Affentranger

Où suis-je donc par rapport aux autres ? Dans la salle suivante, mon portrait est projeté au plafond avec celui des autres visiteurs présents dans la salle (les jetons reçus à l’entrée permettent manifestement de nous tracer), d’abord au milieu de la galaxie, puis par rapport à deux grands axes : distance/proximité et changement/continuité. Ma tête n’occupe pas le même lieu que celle de mes voisins, c’est clair.

Ausstellung_Heimat_Stapferhaus_Lenzburg – Photo : Anita Affentranger

La grande roue, à laquelle on accède ensuite, est censée favoriser la rencontre effective avec d’autres personnes, connues ou non, mais c’était le matin, nous étions peu nombreux et je me suis retrouvé seul dans ma nacelle pour trois petits tours au soleil.

Ausstellung_Heimat_Stapferhaus_Lenzburg – Photo : Anita Affentranger

La patrie est thématisée dans une salle plus didactique, en forme de jardin public. Qu’est-ce qu’un vrai Suisse ? Chacun se prononce en votant et les résultats sont rendus visibles. Quels sont les différents statuts des étrangers ? D’où viennent les passeports ? C’est la patrie au sens de nation, les règlements, les droits des uns et des autres, les règles du vivre ensemble.

Ausstellung_Heimat_Stapferhaus_Lenzburg – Photo : Anita Affentranger

Pour finir, après deux bonnes heures de visite et une virée en réalité virtuelle dans l’espace intersidéral, j’ai reçu mon « certificat d’origine ».

Le vôtre vous attend à Lenzbourg jusqu’au 25 mars 2018. C’est dans un bâtiment près de l’arsenal, le Stapferhaus, à 8 minutes à pied de la gare (et non au château). Impossible de se perdre, le chemin est bien balisé.

Au total, une expérience ludique, sensorielle, surprenante, dérangeante, qui, mine de rien, conduit à des réflexions existentielles inhabituelles.

Pirates

Mon blog a été piraté je ne sais quand par je ne sais qui. Des articles entiers ont été remplacés par des textes bourrés de liens que je me suis abstenu de suivre. J’ai fait le ménage en supprimant ces faux articles. La dernière mise à jour de WordPress a également été appliquée, en espérant qu’elle contient les protections empêchant le retour de ces attaques.

Ces articles ont été perdus. Il s’agit des plus récents, postérieurs au dernier billet publié en date du 1er novembre de l’an dernier. Mon hébergeur conserve des sauvegardes, mais le temps d’apprendre comment les récupérer et retrouver ce qui manque me paraît disproportionné en comparaison de l’intérêt des articles eux-mêmes. Bien entendu, le site Wayback Machine permet de remonter dans le temps d’une quantité de sites web. Hélas, la dernière photographie du mien a été faite le 31 octobre dernier.

En définitive, c’est Google qui m’a sauvé la mise. J’ai fait une recherche à l’aide de mots clés figurant dans les articles perdus et ils étaient répertoriés. En cliquant sur le petit triangle vert, on peut accéder à ce qui est en cache. Je suis à la fois reconnaissant et un peu inquiet : rien ne se perd, clairement !

J’étais content de retrouver la citation du Cercle qui se trouve vers la fin du roman de Dave Egger, parce qu’elle parle des dérives qui sont toujours plus évidentes dans le monde d’Internet. C’était assez visionnaire au moment où cela a été écrit. Et j’ai aussi retrouvé le billet dans lequel j’annonçais que mon roman est parti chez mes relecteurs. Il est maintenant de retour, j’y reviendrai.

Moralité : je dois garder une version locale des textes que je publie, et veiller plus soigneusement aux mises à jour de WordPress. Sauvegarde, sauvegarde, et pas seulement sur le mode automatique.

Et j’ajoute qu’il y a des problèmes ailleurs : en ce moment, le train dans lequel je me trouve ne peut pas continuer sa route en raison d’un dérangement technique à la locomotive. On entend un chef de train faire des annonces d’une voix stressée au haut-parleur.

Une fois que le Cercle sera complet, ce sera la fin

Encore un passage tiré du roman de Dave Eggers, Le Cercle (pages 500-501). Publié en 2013, donc écrit un peu avant, il décrit un processus qui est peut-être en train de se mettre en place sous nos yeux.

N.B: Cet article a pu être récupéré le 9 mars 2017 et replacé à sa date de publication d’origine, parce qu’il était répertorié sur Google et accessible en cache. Comme quoi rien n’est jamais perdu…

« Mae, je veux que tu imagines où tout ce truc est en train d’aller.
– Je sais où ça va.
– Mae, ferme les yeux.
– Non.
– Mae, s’il de plaît. Ferme les yeux. »
Elle obtempéra.
« Je veux que tu relies les choses entre elles et que tu réfléchisses pour savoir si tu vois ce que je vois. Imagine. Le Cercle qui dévore tous ses concurrents depuis des années, pas vrai ? Ce qui rend la société de plus en plus puissante. Quatre-vingt-dix pour cent des recherches sur internet à travers le monde se font déjà via le Cercle. Sans compétition, ce chiffre ne va faire qu’augmenter. On sera bientôt à cent pour cent. Maintenant, toi et moi on sait que quand on contrôle le flot d’informations, on contrôle tout. On contrôle presque tout ce que les gens voient et savent. Si on a besoin d’enterrer un élément, définitivement, ça prend deux secondes. Si on veut détruire quelqu’un, il faut cinq minutes. Comment qui que ce soit peut s’opposer au Cercle, s’ils contrôlent toute l’information et les moyens pour y accéder ? Ils veulent que tout le monde ait un compte au Cercle, et ils sont bien partis pour que ceux qui refusent de s’inscrire se retrouvent dans l’illégalité. Qu’est-ce qui se passe après ? Qu’est-ce qui se passera quand ils contrôleront toutes les recherches, quand ils auront accès à toutes les données de n’importe qui ? Quand ils auront connaissance des faits et gestes de tout un chacun ? Quand toutes les transactions financières, toutes les informations médicales et génétiques, quand la moindre parcelle d’existence, qu’elle soit bonne ou mauvaise, passeront par eux ? Quand chaque mot formulé sera véhiculé via un réseau unique ?
– Mais il y a des milliers de moyens de protection avant d’en arriver là. C’est juste impossible. Enfin, les gouvernements s’assureront…
– Les gouvernements qui sont transparents ? Les parlementaires qui doivent leur réputation au Cercle ? Qui a envie d’être détruit dès l’instant où il ouvre la bouche ? Que s’est-il passé selon toi avec Williamson ? Tu te souviens d’elle ? Elle a menacé le monopole du Cercle et, surprise, les autorités fédérales ont trouvé des trucs compromettants sur son ordinateur. Tu crois que c’était un hasard ? C’était au moins la centième personne à laquelle Stenton faisait ça. Mae, une fois que le Cercle sera complet, ce sera la fin. Et tu y as participé. Ce truc de démocratie, Démopower, ou je ne sais quoi, bon sang. Sous prétexte de faire entendre la voix de chacun, c’est la loi de la foule ou la loi de la jungle qui l’emporte; tu as créé une société sans filtre où il est criminel d’avoir des secrets. C’est brillant. Je veux dire, tu es brillante, Mae. Tu es ce que Stenton et Bailey espéraient depuis le début. »

«Le problème, avec le papier, c’est que ça anéantit tout effort de communication»

cercle« Quand tu fais du kayak, qu’est-ce que tu vois ?
– Je ne sais pas. Toutes sortes de choses.
– Des phoques ?
– Bien sûr.
– Des otaries ?
– La plupart du temps.
– Des oiseaux de mer ? Des pélicans ?
– Oui. »
Denise tapa sur sa tablette. « OK, je fais une recherche là, pour voir s’il y a des traces visuelles de tes sorties en kayak. Et je ne trouve rien.
– Oh, je n’emporte jamais d’appareil.
– Mais comment reconnais-tu toutes les espèces d’oiseaux ?
– J’ai un petit guide. C’est juste un truc que mon ex-petit ami m’a donné. Un petit guide pliable sur la faune locale.
– C’est juste une brochure ou quoi ?
– Oui, enfin, c’est waterproof et… »
Josiah soupira bruyamment.
« Je suis désolée », fit Mae.
Josiah leva les yeux en l’air. « Non, je fais une digression, mais le problème avec le papier c’est que ça anéantit tout effort de communication. Ça empêche toute continuité. Tu regardes ta brochure, et ça s’arrête là. Ça s’arrête à toi. Genre tu es la seule qui compte. Mais imagine, si tu documentes ta recherche. Si tu utilises un outil pour t’aider à identifier les espèces d’oiseaux, chacun pourra en profiter. Les naturalistes, les étudiants, les historiens, les gardes-côtes. Tout le monde saurait, alors, quels genres d’oiseaux se trouvent dans la baie à tel ou tel moment. Ça m’énerve de penser à la quantité de savoir qui se perd au quotidien quand on manque à ce point d’ouverture d’esprit. Et je ne veux pas dire que c’est égoïste, mais…
– Si. C’était égoïste. Je le sais », avoua Mae.

Dave Eggers, Le Cercle, Gallimard, 2016, pages 197-198.

Tout homme innocent est un suspect qui s’ignore

Ainsi donc, nous sommes tous sur écoute permanente. La NSA surveille nos communications sur internet et par téléphone. Google n’est pas seul en cause : toutes les grandes firmes américaines (Microsoft, Facebook, Yahoo!, Apple) donnent la main à ce système et transmettent les informations qui leur sont demandées. La fin justifiant les moyens, la prévention de nouveaux actes terroristes est censée justifier cette surveillance totale.

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On pourrait se dire que si tout le monde est surveillé, personne ne l’est. Tout cela serait donc indifférent. De plus, si vous n’avez rien à vous reprocher, vous n’avez rien à craindre.

Mais ça ne marche pas comme ça. Pour trois raisons au moins.

Premièrement, parce que tout le monde accède au statut de suspect portentiel. C’est comme chez le Dr Knock pour qui tout homme bien portant est un malade qui s’ignore. Si on vous surveille, si on me surveille, c’est que nous sommes bel et bien suspects. Même si nous n’avons rien à nous reprocher, nous sommes suspects. La présomption d’innocence, c’est fini.

Deuxièmement, parce qu’on ne sait pas comment fonctionne ce système de surveillance. On fait certainement travailler des ordinateurs qui analysent les communications en fonction de certains critères. Quand les indices sont suffisants pour qualifier un message de suspect, j’imagine que des êtres humains entrent en jeu pour juger de la dangerosité des messages et des personnes qui les échangent. Mais, dans l’ignorance des règles de ce “jeu”, le risque n’est pas nul que des personnes se retrouvent dans le collimateur du système alors qu’elles n’ont strictement rien à voir avec ce dont on va les accuser.

Troisièmement, parce que je trouve extrêmement problématique qu’un gouvernement qui fait de la démocratie une valeur cardinale pratique ce genre de surveillance. La démocratie suppose la libre expression des opinions et la possibilité de confronter ces opinions dans des débats, sans contrainte. Or cela n’est pas compatible avec une sécurité totale. Je me souviens du débat qui avait cours en Allemagne à l’époque de la bande à Baader et de la Fraction Armée rouge, marquée par de nombreux attentats, prises d’otages et assassinats politiques. Fallait-il limiter les libertés pour mieux traquer les terroristes ? Comment régler le curseur entre liberté et sécurité ? Le gouvernement d’alors a choisi de marcher sur la corde raide, sans verser ni dans la lâcheté d’un libéralisme démissionnaire, ni dans la paranoïa sécuritaire, sachant que dans un cas comme dans l’autre, la démocratie libérale elle-même aurait été en péril et que c’était un risque qu’on ne pouvait pas prendre, car les actions terroristes visaient précisément à prouver que, derrière la façade démocratique, se cachait un état policier et totalitaire.

Dans les Origines du totalitarisme, Hannah Arendt a expliqué que le système totalitaire commençait par l’occupation de l’espace privé. Les révélations d’Edward Snowden montrent que c’est chose faite. Il vaudrait la peine de relire Arendt pour vérifier si ses analyses continuent de s’appliquer dans ce qui nous préoccupe aujourd’hui. Je crains que ce ne soit le cas.

FOMO

FOMO : Fear Of Missing Out. Cela pourrait traduire par CDMQC (la crainte de manquer quelque chose) ou par CDRUO (la crainte de rater une occasion), mais je vais faire comme tout le monde et utiliser l’acronyme anglais. Le terme FOMO semble avoir été popularisé par un article de Jenna Wortham dans le New York Times en 2012. C’est donc déjà un vieux concept, au train où vont les choses.

Des études ont montré que la FOMO est en corrélation avec l’usage des réseaux sociaux, sans qu’on puisse déterminer clairement si leur usage provoque la FOMO, ou si, au contraire, la FOMO favorise l’usage des réseaux sociaux.

Quoi qu’il en soit, deux aspects sont à relever.

Premièrement, ce que désigne la FOMO est très ancien et même ne peut plus vieux, puisque c’est probablement un des ingrédients de la tentation. Que diriez-vous de devenir comme des dieux? Occasion unique ! Facile! Vous mangez de ceci et ça sera fait. Non, ce n’est pas une drogue, juste un fruit dont on se demande bien pourquoi il est défendu. Moi, j’aurais essayé, pas vous ? C’est la jonction de la crainte de louper quelque chose avec notre hyperconnexion permanente qui lui a redonné une nouvelle jeunesse.

En deuxième lieu, la FOMO fournit une bonne illustration du mimétisme du désir. Nous désirons ce que d’autres désirent (et réalisent). Un objet que personne ne désire suscite l’indifférence. À force d’apprendre sur facebook les choses fabuleuses que font nos chers amis, nous nous mettons à désirer ces choses qui nous étaient indifférentes l’instant d’avant, et c’est évidemment frustrant.

Si Twitter Facebook & Co apparaissent comme des tourniquets des désirs et du mimétisme, alors la FOMO pourrait indiquer que nous craignons de ne pas savoir ce qui est désirable. La FOMO – symptôme de la peur du vide.

La quadrature de la rondelle

En France, les esprits s’enflamment autour d’un projet d’article de loi qui veut permettre, par exception, d’enseigner en anglais à l’université. Un projet de loi est débattu à l’Assemblée nationale (Le Temps, 23 mai 2013).

En cause, la défense de la langue française et le rayonnement de la France dans le monde, comme si seule la langue française pouvait être porteuse des valeurs de la France. Certains craignent «une forme de capitulation ou de colonisation absolument incroyable» alors que d’autres en appellent au réalisme : en sciences, la plupart des travaux et des échanges entre chercheurs se font en anglais.

Nous n’avons plus ces problèmes en Suisse, comme en témoigne l’image que voici :

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Chez nous, les disques peuvent être carrés sans faire problème. Trois des quatre langues nationales sont représentées sur l’emballage de ce produit. En prime, l’anglais pointe le bout de son nez dans la dénomination allemande du produit : ces disques d’ouate sont des pads, des tampons. Et ils sont carrés, c’est dit en français, sans toutefois l’accord de l’adjectif. En deux mots, le rédacteur alémanique de la Migros a réussi à utiliser trois langues : l’allemand, l’anglais et le français. C’est très fort. Qui a dit que la Suisse n’est pas plurilingue ?

Mais qu’importe, c’est du coton bio. Il ne devrait pas provoquer d’effets secondaires indésirables.

Big Google is watching you

Pas de longs développements aujourd’hui, simplement deux ou trois éléments dans la foulée du billet consacré aux lunettes Google le 25 avril dernier.

Google Play for Education

Tout d’abord une nouvelle toute chaude, qui réjouira certains et en préoccupera d’autres. Google propose maintenant Google Play for Education. Google Play, c’est l’équivalent de l’App Store d’Apple pour les smartphones et tabletttes qui fonctionnent sous Android. L’avance prise dans ce domaine par Apple avec l’iPhone et l’iPad est menacée.

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Grâce à cet outil, les enseignants auront les outils pour propulser le contenu éducatif sur les périphériques mobiles de leurs élèves, tels que des livres, des applications, des vidéos YouTube, et autres. Bien sûr, le contenu sera trié en fonction du sujet et de la nuance recherchée. Cela nécessite évidemment que tous les élèves disposent d’un compte Google.

L’important, c’est la dernière phrase. Tous les élèves et tous les enseignants vont-il être obligés d’avoir un compte Google par décision de telle ou telle autorité scolaire ?

Et si on se passait de Google ?

Le deuxième élément, c’est un article paru récemment sur France TV Info : Comment empêcher Google de vous pister en ligne ? Il contient des indications pratiques pour mesurer ce que Google sait de vous (il en sait plus que vous ne le pensez), des recommandations pour limiter ses traces et des propositions de solutions de remplacement.

Une dernière information pour montrer qu’on peut avoir des raisons de s’inquiéter. Le 2 mai dernier, Google a déposé un brevet pour contrôler automatiquement ce qu’écrit un utilisateur de façon à informer une tierce personne (qui donc ?) en cas de violation d’une règle privée ou publique. Ça devient urgent de cesser d’utiliser Gmail pour son courrier : Big Google ne se contente plus de lire vos mails, il regarde ce que vous écrivez… Pour en savoir plus, lisez l’article de 01net.

Cassez vos lunettes

La technologie, j’aime. Les nouveautés, j’aime. Mais certaines sont plus flippantes que d’autres. Concernant la ou le Google Glass, la fascination est grande, la crainte plus grande encore.

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Dans la branche droite de cette paire de lunettes se loge une caméra vidéo, un micro et un petit projecteur vidéo destiné au porteur ou à la porteuse de ces lunettes. Si vous voulez savoir ce qu’on ressent en les portant et ce que c’est capable de faire, il suffit de cliquer sur un de ces liens.

Ce qui me frappe, c’est le caractère résolument intrusif de ces lunettes. Si leur usage se généralise, ce qui reste encore de la vie privée va probablement disparaître et tout le monde sera invité à sourire de manière un peu crispée, puisqu’à tout moment on pourra être filmé, photographié et enregistré.  En regard (si j’ose dire), les caméras de surveillance des espaces publics ne seront plus qu’une aimable plaisanterie.

Plus grave encore, tout ce qui passera par les Google Glasses sera enregistré dans les serveurs de Google. Pas grave, diront certains : nous dépendons déjà tellement de l’informatique dans le nuage que ce supplément n’est que la continuation de ce que nous connaissons, et on ne voit plus tellement comment faire autrement. Notre courrier y est stocké, nos photos également, à quoi il faut ajouter des documents partagés et nos sauvegardes sur DropBox ou iCloud. C’est facile, agréable, ça se fait sans peine et ça synchronise nos calendriers, courriels et autres agendas entre les appareils dont nous nous servons.

Bientôt, Google pourra donc non seulement connaître notre courrier, les pages web que nous visitons, notre emploi du temps, nos documents dans le nuage, nos déplacements et tout ce que d’autres ont dit ou écrit de nous, mais aussi voir comme par nos yeux, écouter comme par nos oreilles ce que nous faisons, les gens que nous rencontrons, le milieu dans lequel nous vivons, les propos que nous échangeons. Et stocker tout cela pendant des années sur ses serveurs.

D0n’t be evil, ne soyez pas malveillants, recommande la devise de Google. Google est cool, Google ne veut pas faire de mal, Google veut rendre le monde meilleur. On ne demande qu’à le croire. Mais Google peut changer de devise, Google peut décider subitement d’utiliser autrement l’omniscience dont il dispose (comme il a décidé de supprimer le service Google Reader). Et si un jour devait surgir un gouvernement totalitaire, nul doute qu’il ne contraindrait Google à fournir ses données pour déterminer qui est bon et qui est mauvais citoyen. Cool, non ?