Mon roman en version 2

Je viens de terminer la version 2 d’un roman que j’ai commencé d’écrire il y a quatre ans sur un coup de tête, sur l’envie d’écrire autre chose que des essais ou des articles, de laisser la philosophie pour me mettre à un thriller. Le déclencheur a été la lecture de La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, le roman de Joël Dicker, que j’ai trouvé agréable, divertissant, superbement construit. Je me suis convaincu que j’étais capable d’en faire autant. C’est présomptueux, mais ça aide à démarrer.

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Le manuscrit secret

Le manuscrit a connu des pannes. Ce n’était pas un projet prioritaire, mais trois choses m’ont aidé à ne pas le lâcher. La première est la conviction qu’il vaut mieux écrire quelque chose de nul que rien du tout. Un premier jet merdique (Anne Lamott, dans Bird by Bird, parle de shitty first draft) est un point de départ à partir duquel on peut travailler. On renonce donc à le détruire. La deuxième a été la surprise que je me souciais réellement de mes personnages; ils ont grandi et évolué à la mesure de ma préoccupation pour eux. La troisième est la sourde certitude que quoi que je fasse, quelle que soit mon occupation professionnelle et la manière dont je perds mon temps, je suis fondamentalement un écrivain, que l’écriture est à la racine de mon identité, que je dois lui donner enfin la place qui lui revient.

Cette version 2, je vais la réviser avant de la donner à lire à deux ou trois personnes de confiance. Elles me donneront leur avis avant que je me risque à chercher un éditeur. Si le retour de ces premiers lecteurs est négatif, j’en resterai là et je commencerai autre chose. Le plus probable est qu’ils me donneront des pistes pour améliorer l’œuvre – ou la sauver du désastre. On en reparlera.

Retour à l’écriture

Je me suis souvent demandé si le sentiment d’avoir de moins en moins de temps à disposition était un effet de l’âge. On n’a plus la même énergie à disposition; il devient difficile de maintenir l’hyperactivité que notre époque semble attendre de chacun dans la profession comme dans les loisirs.

Parvenu enfin au terme de mes obligations professionnelles, je me suis réjoui de retrouver du temps tout neuf, du vrai loisir, sans autres obligations que celles que je me donnerais. Après avoir vu au fil des dernières années s’amenuiser les moments que je pouvais consacrer à l’écriture, je me suis dit que j’allais enfin pouvoir m’y mettre sinon à plein temps, du moins plusieurs heures par jour et tous les jours.

C’était sans compter l’apparition de demandes nouvelles. Surtout, j’oubliais tout ce que je m’étais proposé d’entreprendre quand j’aurais ma retraite : des balades, des voyages, des lectures, des rénovations à la maison; je voulais me remettre à la cuisine, retourner au cinéma, revoir des gens, faire de la musique, apprendre enfin à dessiner, purger ma bibliothèque de tout ce qu’elle contient de livres devenus inutiles, changer la disposition de mon bureau, et j’en oublie. Bien entendu, quand je me mets à une séance d’écriture, tous ces autres projets se mettent à briller de mille feux et deviennent plus désirables que ce bête travail solitaire devant la feuille ou l’écran.

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Il n’y a pas d’autre solution que de décréter sans pitié que l’écriture sera la priorité, qu’elle aura sa place tous les jours, et de s’y mettre avant de passer aux autres choses. Pas parce que je produirai à coup sûr des textes intéressants, mais parce que c’est ma décision et que c’est ainsi que ça marche. Même si je ne commence plus mes journées à cinq heures du matin.

Comment j’apprends à écrire

Vous me direz que c’est tard pour me mettre à apprendre à écrire. Mais il s’agit d’écrire une histoire. J’ignore quand je pourrai conclure, mais je suis convaincu que ce moment arrivera. Ce que je sais maintenant, c’est que j’ai une dette immense envers Shawn Coyne.

Vous ne le connaissez pas ? Allez sur The Story Grid et vous verrez de quel bois il se chauffe. C’est tout à fait déstabilisant pour quelqu’un qui a grandi dans la culture française et son culte du génie littéraire. Sauf que si l’on appliquait les choses qu’il a découvertes et qu’il livre avec une générosité déconcertante, les romans français qu’on publie de nos jours nous tomberaient moins facilement des mains.

Thank you so much, Shawn. You’re a great man.