Idéologies, religions et exercice du pouvoir

Il s’agit d’un cycle de cinq conférences qui se tiendront à Lausanne. Elles seront données le dimanche soir à l’église de Villard et le mercredi à 12h15 à l’Université de Lausanne.

La première a lieu ce dimanche 28 septembre, avec Claude Baecher : Christianisme et chrétienté, des nuances importantes.

Il se trouve que je donnerai la deuxième dimanche 12 et mercredi 15 octobre, sous le titre Raison autonome et exercice du pouvoir. 

Pour découvrir l’ensemble du cycle et pour les renseignements pratiques, téléchargez le flyer et visitez également www.scienceetfoi.ch.

flyer conferences

 

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Invisible et impensable…

Pourquoi croire en Dieu sans preuve ? C’est la question à laquelle on m’a demandé de répondre aujourd’hui dans le cadre des GB Days à Lausanne (université, Amphimax 410, à 12h15).

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Je me souviens

Quelques observations, après trois semaines de vacances passées au Québec, où je n’étais encore jamais allé. Voici la première.

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Je me souviens. La devise du Québec est partout. Elle est inscrite sur les plaques d’immatriculation des véhicules depuis 1978. Elle fleurit sous un canon dans la citadelle à Québec. Elle orne la façade de l’Hôtel du Parlement et figure sur les armoiries du Québec.

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D’emblée, on est invité à se placer dans une perspective historique, à vivre l’aujourd’hui comme étant nourri du passé qui en a modelé la possibilité. Peut-être ces trois mots ne sont-ils que le début d’une devise plus longue, comme on le lit dans Wikipedia :

Je me souviens /Que né sous le lys / Je croîs sous la rose.

Le lys symbolise la France et la rose l’Angleterre. Ce qui m’étonne tout de même, c’est que le souvenir se rapporte à ces deux origines européennes, aux conquêtes, aux rivalités des deux, aux combats. Beaucoup moins aux peuples autochtones, qui habitaient pourtant le pays avant l’arrivée des européens, et dont la présence est peu apparente, si ce n’est dans certains lieux comme Essipit où, tout à coup, les panneaux officiels sont en deux langues, le français et la langue des autochtones apparenant à la nation Innu. Mais n’étant pas allé les visiter, je ne peux en dire davantage.

Reste le souci, constaté à divers endroits, de valoriser les choses anciennes, les maisons d’habitation construites vers la fin du XIXe siècle à L’Anse Saint-Jean, par exemple, la chapelle des Indiens à Tadoussac (l’une des plus anciennes églises en bois en Amérique du Nord), le quartier du port aussi bien à Montréal qu’à Québec. Besoin d’enracinement, d’une densité humaine que l’on acquiert en connaissant sa propre histoire ? Les monuments et les vieilles maison en sont les traces visibles, mais c’est la mémoire qui fait l’essentiel, et c’est pour cela qu’il faut pouvoir dire Je me souviens.

Il ne m’est pas indifférent que ces trois mots soient aussi le titre d’un texte de Georges Perec, dans lequel il égrène 480 souvenirs en quelques mots qui suffisent à évoquer une réalité disparue et, sans eux, oubliée. On peut en lire une partie ici. Voici comment il les présente (citation reprise de l’article de Wikipedia) :

des petits morceaux de quotidien, des choses que, telle ou telle année, tous les gens d’un même âge ont vues, ont vécues, ont partagées, et qui ensuite ont disparu, ont été oubliées ; elles ne valaient pas la peine de faire partie de l’Histoire, ni de figurer dans les Mémoires des hommes d’État, des alpinistes et des monstres sacrés.

Il arrive cependant qu’elles reviennent, quelques années plus tard, intactes et minuscules, par hasard ou parce qu’on les a cherchées, un soir, entre amis ; c’était une chose qu’on avait apprise à l’école, un champion, un chanteur ou une starlette qui perçait, un air qui était sur toutes les lèvres, un hold-up ou une catastrophe qui faisait la une des quotidiens, un best-seller, un scandale, un slogan, une habitude, une expression, un vêtement ou une manière de la porter, un geste, ou quelque chose d’encore plus mince, d’inessentiel, de tout à fait banal, miraculeusement arraché à son insignifiance, retrouvé pour un instant, suscitant pendant quelques secondes une impalpable petite nostalgie.

Il importe de nommer les choses, de dire les événements, de mentionner les personnes qui ont participé à une œuvre, à une histoire, à un combat. C’est sans doute le meilleur moyen de les honorer que de garder mémoire de leur nom. D’où les albums de photos, les retrouvailles des familles, des anciens élèves, des anciens combattants. D’où encore les génériques de fin des films, les généalogies, les pierres tombales, les mémorials, les monuments aux morts — et les bibliothèques.

 

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La course, 250 km plus tard

J’ai déjà raconté comment je me suis mis à la course à pied. C’était le 4 mai dernier. Le moment est venu d’un bilan, après un peu moins de quatre mois d’entraînement à raison de trois sorties hebdomadaires, tôt le matin.

Pour rappel, le 4 mai, je venais de fêter mes 62 ans et de remarquer que ma balance affichait 112 kilos et des dixièmes pour une taille de 174 cm. Voilà la situation de départ, l’Ausgangslage, comme disent les Alémaniques. Ce jour-là, j’ai couru 890 mètres à une vitesse moyenne de 9:47 au km. Pas d’une traite, mais en alternant jogging (une minute) et marche (une minute et demie). Épuisé, mais très fier de cette performance, véritable saut quantique dans ma pratique sportive, j’en étais au premier des 27 entraînements du programme Couch-to–5K. Lors du dernier, le 13 juillet, j’ai réalisé 3,57 km à 8:23 au kilomètre. Concrètement, cela signifie que j’étais devenu capable de courir pendant 30 minutes sans m’arrêter.

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C’est vraiment très lent, je l’admets, mais je recherche avant tout l’endurance, la capacité de courir longtemps, peu importe si c’est lentement. Pour aller plus vite, il faudrait que je m’allège. J’ai perdu 7 kilos depuis le 4 mai et je compte en perdre d’autres. Je suis encore à 30 kilos de mon poids idéal, mais diminuer autant n’est plus de mon âge et c’est même une perspective qui fait peur si je pense à notre chat Gandalf : longtemps en surpoids, il a beaucoup maigri. Ça se voit peu, parce qu’il a gardé sa peau de gros chat, sauf qu’elle s’est mise à pendre à mesure qu’elle se détendait. Que ferais-je de toute ma peau si je perdais 30 kilos ?

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Pour en revenir à mes performances, je n’étais pas satisfait. Je voulais courir 5 kilomètres et j’en étais à 3,57. Je me suis alors donné l’objectif de courir sans m’arrêter sur 5 kilomètres. J’ai augmenté progressivement la longueur de mes itinéraires et j’ai atteint les 5 kilomètres 10 jours plus tard (en 45:06). Enhardi par cette belle progression, j’ai continué d’en faire toujours un peu plus. Alors que je choisissais avec soin des parcours aussi plats que possible, je me suis mis à désirer du dénivelé. Je ne vous dis pas ma joie lorsque j’ai réussi pour la première fois à terminer un parcours de 10 km avec 97 mètres de dénivelé. Sans surprise, j’ai mis deux fois plus de temps que sur 5 km.

Ce matin (jour de congé), je suis parti courir sur un nouvel itinéraire. Ma femme m’a déposé près d’un chemin forestier et je suis rentré à la maison en faisant des détours pour que ce soit plus long.

CAP 2013-08-29

Musique dans les écouteurs (chers écouteurs qui ne m’empêchent pas d’entendre ce qui se passe autour de moi), avec les indications d’Amélie tous les kilomètres et toutes les dix minutes, j’ai fait un parcours dont la longueur n’est pas la même suivant qu’elle est mesurée par mon appli Runtastic (ci-dessus) ou par un dessin sur la carte de SuisseMobile (plus bas).

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Runtastic avec le GPS, c’est comme les CFF pour le calcul du tarif des billets : les kilomètres font parfois moins de 1000 mètres. Ai-je couru 12,4 ou 11,7 kilomètres ? Avec 167 ou 143 mètres de dénivelé ? Je n’en sais rien, mais je trouve agréable d’avoir des indications au fur et à mesure de ma course, même approximatives.

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Surtout, je mesure le chemin parcouru. Pas seulement les 250 kilomètres accumulés. Pas seulement les 7 kilos évaporés. Les sorties que je fais maintenant font beaucoup moins mal que les premières, alors que je cours au moins 20 kilomètres par semaine. Je ne sais toujours pas comment un tel changement a été possible, après 50 ans de détestation de l’effort et du mouvement. Au fond, je n’y suis pour rien. Mais c’est du plaisir. Et c’est tellement bon pour le moral et l’estime de soi.

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Allocution du 1er août 2013

Cette année, j’ai été invité – redoutable honneur – à prononcer le discours de la fête nationale dans mon village. Pour les lecteurs venus d’ailleurs, je signale que les trois communes de Prêles, Lamboing et Diesse ont décidé de fusionner et prendront le nom de « Plateau de Diesse » dès le 1er janvier 2014.
En voici la teneur.

Madame le maire de Diesse
Madame le maire de Lamboing
Monsieur le maire de Prêles,
Mesdames et Messieurs les membres des conseils municipaux de Diesse, Lamboing et Prêles (remarquez que j’ai choisi l’ordre alphabétique),
Chères concitoyennes, chers concitoyens,

Quand j’ai demandé à M. Troehler pourquoi il me proposait de faire l’allocution de ce soir, il m’a répondu : Mais vous êtes philosophe ! C’est vrai que je le suis, dans la mesure où j’ai enseigné la philosophie pendant plus de trente ans au Gymnase français de Bienne, dans la mesure aussi où j’ai écrit deux livres dans lesquels j’examine les rapports possibles entre la philosophie et le christianisme. J’ai donc décidé de m’adresser à vous en prenant (un peu) le point de vue du philosophe.

Il faut examiner

Je vais commencer par une petite histoire. Cela se passe à Athènes, il y a 2500 ans. Deux pères de famille discutent pour savoir s’ils doivent envoyer leur fils prendre des leçons d’escrime dans une école qui vient d’ouvrir. Ils voudraient aider leurs fils à devenir des hommes courageux. Est-ce la bonne école ? Tiens, voilà que passe par là un général prestigieux, qui a gagné des batailles, un expert dans l’art militaire, quoi. On va lui poser la question. Ils l’appellent et lui exposent le problème. Réponse du général : c’est une excellente idée, allez-y. Tiens, voilà un deuxième général, tout aussi prestigieux que le premier, et les deux pères de famille lui demandent : alors, toi aussi, tu es d’accord que c’est une bonne idée d’inscrire nos fils dans cette nouvelle école ? Réponse du deuxième expert : Ah non, surtout pas, ça ne servirait à rien, d’autant je connais celui qui a ouvert l’école, il a servi sous mes ordres et je ne peux pas vous le recommander.
Les experts n’étant pas du même avis, les deux pères de famille sont bien ennuyés. Mais voilà Socrate qui passe aussi par là : eh, Socrate, viens nous aider! Ils lui exposent le problème et lui demandent avec lequel des deux généraux il est d’accord. Et Socrate répond : attention, on ne décide pas de la vérité à la majorité ! Il faut examiner, déterminer en quoi consiste le problème et ensuite on pourra trancher. S’engage alors une assez longue discussion qui porte sur la nature du vrai problème : puisqu’il s’agit d’aider des adolescents à devenir des hommes courageux, on doit définir ce qu’est le courage. Il faut examiner. Premier principe du philosophe.

Toute proportion gardée et au risque d’une transition hardie, j’ai le sentiment que la population de nos communes a été assez philosophe lors du vote sur la fusion. Les autorités ont posé le problème de manière claire, en privilégiant la transparence et en donnant beaucoup d’informations. C’était prendre un risque. Personnellement, le résultat m’a surpris par sa clarté : il ne va pas de soi que deux des trois communes, pour qui la fusion représente aussi une (légère) augmentation d’impôts, aient accepté le projet. Je pense que les personnes qui ont voté ont pris connaissance des informations, qu’elles ont examiné le projet et qu’elles se sont déterminées sur cette base — et non, comme on aurait pu le craindre, en fonction de leur intérêt personnel immédiat.

Ce résultat m’a vraiment réjoui, et j’en profite pour féliciter les autorités et toutes les personnes qui ont œuvré dans le projet de fusion pour leur excellent travail et leur engagement au service du bien commun. Et vous les citoyennes et les citoyens, je vous félicite pour la qualité de votre vote. À tous, bravo ! Vous avez choisi l’ouverture au lieu du repli, et c’est bien, car notre pays a besoin d’ouverture.

Vivre les yeux ouverts

Il faut donc examiner, examiner toute chose, retenir ce qui est bon. Peut-on faire autrement ?

Bien sûr que oui, car il y a au moins deux manières de se conduire dans l’existence.
• dans la première, on suit le mouvement, on ne se pose pas de questions, on va là où le courant nous pousse, on fait comme les autres, on se conforme, on entre dans son moule, et surtout, on prend garde de ne pas se distinguer, car quand on se distingue, on marque une différence par rapport aux autres, qui peuvent nous le reprocher
• dans la deuxième, on ouvre les yeux, on prend conscience de sa situation, on réfléchit, on examine, on décide où on veut aller, on décide ce que l’on veut faire, on y va et on le fait. Du coup, c’est vrai, on se distingue, mais qui a dit qu’il ne fallait pas se distinguer ?

Cette deuxième manière de vivre est moins confortable, mais plus philosophique que la première. On ne peut pas vivre sans philosopher, sauf à se contenter d’exister. Descartes a dit que c’est proprement avoir les yeux fermés, sans tâcher jamais de les ouvrir, que de vivre sans philosopher. Refuser la réflexion, c’est s’aveugler soi-même volontairement, c’est marcher sans ouvrir les yeux, au risque de se faire mal et de faire mal aux autres aussi. Il vaut mieux se distinguer, et même si pas mal de gens n’aiment pas trop ceux qui se distinguent, il faut admettre que notre pays, lui, se distingue vraiment sur la scène internationale. En bien, en mal, ça se discute. En ce moment, nous avons un problème parce que nous avons de la peine à revendiquer notre différence par rapport aux pays voisins, de la peine à l’affirmer et à l’assumer.

Mais pas toujours, heureusement. Vous avez vu ces dernières semaines que deux membres du Conseil fédéral, dont le président de la Confédération, se sont rendus en Chine, où ils ont été reçus avec les honneurs. Comment se fait-il que les autorités d’un petit pays de 8 millions d’habitants soient si bien accueillies par celles d’un pays qui en compte 168 fois plus ? La réponse est que la Chine n’a pas oublié que la Suisse a été l’un des tout premiers pays occidentaux à reconnaître officiellement la République populaire de Chine, par un télégramme adressé à Mao Tsé-Toung le 17 janvier 1950 par Max Petitpierre, président de la Confédération. Aujourd’hui, notre pays se distingue en état le premier pays occidental à signer un traité de libre-échange avec la Chine. En 1950, le Conseil fédéral a ouvert les yeux et a osé reconnaître un gouvernement communiste à une époque où ça n’allait vraiment pas de soi. 63 ans plus tard, nous tirons encore les bénéfices de cette attitude d’ouverture.

Le courage de se servir de son propre entendement

On a donc deux principes importants : il faut examiner, et il faut vivre les yeux ouverts (ça aide pour examiner!). Je vais vous en proposer un troisième, qui nous vient de Kant, un philosophe allemand du XVIIIe siècle. Il a la forme d’un impératif : Aie le courage de te servir de ton propre entendement! C’est ce qu’on doit faire quand on accepte d’ouvrir les yeux et de vivre en adulte majeur. Des trois principes, c’est le plus difficile à mettre en œuvre.

Le problème n’est pas que nous manquions des facultés nécessaires. Nous les avons, nous pouvons les exercer et apprendre à mieux les utiliser. Non, le problème, c’est le courage, le courage de nous servir vraiment de notre entendement, de réfléchir par nous-mêmes, de nous passer de tous les tuteurs qui voudraient continuer à nous dire ce que nous devons faire alors que nous sommes des adultes majeurs. Le courage de faire des choix différents, même s’ils déplaisent. Le courage de s’affirmer au lieu de s’en remettre à ce que d’autres nous conseillent de faire.

Je parlais il y a un instant du fait que notre pays se distingue. La Suisse se distingue parce qu’elle va bien, en comparaison de beaucoup d’autres pays. Mais surtout, elle se distingue du fait qu’elle réussit à faire vivre en bonne harmonie quatre langues et plusieurs religions. Il suffit d’ouvrir un journal pour voir combien la cohabitation des langues et des religions pose problème un peu partout dans le monde. Notre solution géniale, c’est le fédéralisme avec plusieurs niveaux de pouvoir et de décision : la Confédération, 26 cantons, 2408 communes au 1er janvier dernier (- 2 l’an prochain !), à quoi il faut ajouter les millions de citoyens parmi lesquels nous nous trouvons.

Or nous, citoyens, nous allons devoir prendre une décision importante le 24 novembre prochain : allons-nous accepter ou refuser d’entrer dans un processus d’examen de ce que pourrait être une appartenance cantonale différente pour notre région ? Accepter d’entrer dans ce processus, ce n’est pas accepter d’avance une séparation d’avec le canton dans lequel nous sommes, car la véritable décision devra être prise plus tard, quand les contours d’une nouvelle solution seront précisés. C’est là qu’il faudra choisir de dire oui ou non. Pour le moment, il s’agit de décider si on veut ou non examiner ce que ça pourrait donner. Ensuite, nous jugerons si ça vaut la peine ou non.

Si vous avez deviné que les trois principes que je vous ai présentés s’appliquent au vote du 24 novembre, c’est que vous m’avez bien suivi. Ne nous aveuglons pas volontairement et sachons nous distinguer en choisissant la possibilité d’examiner ce qui sera proposé, après quoi nous utiliserons notre propre entendement, notre raison à nous, pour trancher dans un sens ou dans l’autre.

Et comme la raison se nourrit d’arguments, et non de slogans, d’insultes ou d’invectives, je vous propose deux arguments supplémentaires.

Le premier est qu’on ne règle pas un problème par la magie, autrement dit en l’escamotant. On doit l’affronter et lui trouver une solution définitive, quelle qu’elle soit. L’escamoter ne supprimera pas le problème, mais risque de le faire s’infecter à nouveau.

Le deuxième est que nous avons un devoir envers les générations futures. Si la question venait à s’envenimer à nouveau, je ne voudrais pas que nos enfants, ou les enfants de nos enfants disent de nous : comment ! en 2013, ils ont eu la possibilité d’envisager une solution différente et ils n’ont même pas essayé !

Conclusion

Chères contitoyennes, chers concitoyens, je vous ai proposé trois principes éprouvés qui sont en fait très simples et faciles à comprendre. Vous vous en servez certainement, et vous savez que c’est plus difficile dans les situations qu’on n’a pas trop envie d’affronter.

Seulement, il se trouve que l’avenir, c’est notre affaire. L’Avenir est notre affaire est le titre d’un livre de Denis de Rougement, philosophe lui aussi, qui a vécu dans le canton de Neuchâtel. Dire que l’avenir est notre affaire n’est pas dire que nous sommes maîtres de tout ou que nous pouvons tout contrôler, loin de là. Mais c’est dire que nous y avons notre part de responsabilité, c’est dire que l’avenir dépend en partie de nos choix. C’est plutôt une bonne nouvelle, dans ce pays qui valorise la liberté et l’indépendance, et dont nous fêtons le 722e anniversaire aujourd’hui. Je nous encourage à faire notre part pour contribuer à lui donner un bel avenir.

Je vous remercie de votre attention et je vous souhaite une excellente soirée.

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Le coin du geek

Les vacances sont l’occasion de prendre un peu de distance par rapport au quotidien. Je vous propose deux technologies qui me font rêver.

Sans rien toucher

La première est en train d’être mise au point chez Leap Motion : pilotez votre ordinateur par des commandes gestuelles, comme dans le film Minority Report. Un petit boîtier suffit pour que votre ordinateur (ou votre lampe de bureau, si vous voulez) vous obéisse au doigt et à l’œil. C’est assez troublant. Allez voir le film de démonstration sur le site de Leap Motion. Pour la vidéo de télécommande gestuelle de la lampe, c’est ici.

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En touchant du bois

C’est beau, c’est naturel, c’est en bois. Vous pouvez choisir l’essence. Il s’agit du Groovboard, une planche avec des trous, des rainures et d’autres astuces, qui rend l’usage de l’iPad incroyablement plus agréable, à en juger par ce petit film :

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Voilà, faites votre choix, et si vous ne savez pas quoi m’offrir à Noël.. Confidence : pour le Groovboard, ma préférence va à l’exécution en prunier.

Et merci à David Sparks de MacSparky, chez qui j’ai trouvé ces merveilles.

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Écrits vains

Il y a quelque chose d’artificiel dans la volonté de maintenir le rythme d’un billet par semaine. Pondre quelque chose coûte que coûte, avec publication le jeudi. Ce ne sont pas les thèmes, les sujets, les motifs de préoccupation, les raisons de s’indigner et de refuser ou de proposer qui manquent. Mais faut-il vraiment y ajouter son couplet ? Et pourquoi tant de peine ? Je n’ai pas un lectorat abondant et je ne peine personne si je m’oublie une semaine ou deux.

Nous sommes donc jeudi et je n’ai rien écrit d’autre que le paragraphe précédent. Voici donc un post qui va grossir les rangs de ceux dont l’intérêt est vraiment faible. Qui se préoccupe en effet de la mise à jour de WordPress dont j’ai parlé la semaine dernière, ou de la forme carrée des rondelles d’ouate vendues par la Migros, qui m’a occupé il y a quelque temps ? Personne, sauf moi-même, et j’en tire prétexte pour produire quelques lignes que j’ai l’outrecuidance de publier.

Vous pensez peut-être que l’intérêt ne réside pas dans le sujet, mais dans le traitement qui en est fait. Et vous soulignerez que plus le sujet est petit, plus il est humble, et plus celui qui en parle doit travailler pour en tirer quelque chose d’intéressant, à moins d’être de ceux qui parviennent à parler de tout et de n’importe quoi en captivant leur auditoire. Mais je ne suis ni l’un ni l’autre.

Alors quoi ? Je ne veux pas me retrouver écrivain non pratiquant. Un écrivain qui n’écrit pas n’est plus un écrivain. Voilà pourquoi je me permets de vous servir même mes vains écrits plutôt que de cesser ma pratique.

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Mise à jour ou subversion ?

Cela faisait quelque temps que la petite alerte des mises à jour de WordPress se manifestait et j’ai pris le temps de m’en occuper. D’abord en sauvegardant tous les fichiers du site sur mon ordinateur, puis en regardant comment je pourrais sauvegarder mes bases de données. Finalement, j’y ai renoncé : j’ai trouvé des sauvegardes automatiques dans certains dossiers du serveur et je me suis dit que le programme faisait probablement le nécessaire à mon insu. C’était plus simple et moins courageux que de me lancer dans l’installation et le paramétrage de phpMyAdmin.

Ensuite, j’ai procédé à une mise à jour manuelle, car j’ai eu des problèmes la dernière fois que j’ai essayé l’automatique. En suivant scrupuleusement les indications du codex, j’y suis parvenu sans difficulté. Juste un zeste d’appréhension : si ça foire, plus de site sur le World Wide Web.

Mais bon, Au Damassinier tourne désormais sur la version 3.5.2 de WordPress et je peux aborder l’étape suivante :

Étape 3: Faites-vous Plaisir !

Si vous avez un système de cache en place, videz-le afin que les changements apparaissent plus rapidement pour vos utilisateurs. Vous pouvez vérifier que le cache renvoie la bonne version avec le numéro de version affiché en bas de page.

C’est terminé ! Félicitations ! On ne peut pas faire plus facile, sauf à mettre en place un processus à l’aide de Subversion : Updating WordPress Using Subversion (en anglais).

Écrivez un article pour annoncer votre mise à jour, lisez un livre ou un article que vous gardiez pour « quand vous aurez le temps », ou, simplement appréciez ces quelques minutes de temps libre qui vous sont offertes.

Exécution ! Mais qu’il est troublant d’apprendre que la subversion rend les choses plus faciles que les indications des autorités en  matière de mise à jour – qui n’hésitent pas à vous intimer l’ordre de vous faire plaisir.

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Tout homme innocent est un suspect qui s’ignore

Ainsi donc, nous sommes tous sur écoute permanente. La NSA surveille nos communications sur internet et par téléphone. Google n’est pas seul en cause : toutes les grandes firmes américaines (Microsoft, Facebook, Yahoo!, Apple) donnent la main à ce système et transmettent les informations qui leur sont demandées. La fin justifiant les moyens, la prévention de nouveaux actes terroristes est censée justifier cette surveillance totale.

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On pourrait se dire que si tout le monde est surveillé, personne ne l’est. Tout cela serait donc indifférent. De plus, si vous n’avez rien à vous reprocher, vous n’avez rien à craindre.

Mais ça ne marche pas comme ça. Pour trois raisons au moins.

Premièrement, parce que tout le monde accède au statut de suspect portentiel. C’est comme chez le Dr Knock pour qui tout homme bien portant est un malade qui s’ignore. Si on vous surveille, si on me surveille, c’est que nous sommes bel et bien suspects. Même si nous n’avons rien à nous reprocher, nous sommes suspects. La présomption d’innocence, c’est fini.

Deuxièmement, parce qu’on ne sait pas comment fonctionne ce système de surveillance. On fait certainement travailler des ordinateurs qui analysent les communications en fonction de certains critères. Quand les indices sont suffisants pour qualifier un message de suspect, j’imagine que des êtres humains entrent en jeu pour juger de la dangerosité des messages et des personnes qui les échangent. Mais, dans l’ignorance des règles de ce “jeu”, le risque n’est pas nul que des personnes se retrouvent dans le collimateur du système alors qu’elles n’ont strictement rien à voir avec ce dont on va les accuser.

Troisièmement, parce que je trouve extrêmement problématique qu’un gouvernement qui fait de la démocratie une valeur cardinale pratique ce genre de surveillance. La démocratie suppose la libre expression des opinions et la possibilité de confronter ces opinions dans des débats, sans contrainte. Or cela n’est pas compatible avec une sécurité totale. Je me souviens du débat qui avait cours en Allemagne à l’époque de la bande à Baader et de la Fraction Armée rouge, marquée par de nombreux attentats, prises d’otages et assassinats politiques. Fallait-il limiter les libertés pour mieux traquer les terroristes ? Comment régler le curseur entre liberté et sécurité ? Le gouvernement d’alors a choisi de marcher sur la corde raide, sans verser ni dans la lâcheté d’un libéralisme démissionnaire, ni dans la paranoïa sécuritaire, sachant que dans un cas comme dans l’autre, la démocratie libérale elle-même aurait été en péril et que c’était un risque qu’on ne pouvait pas prendre, car les actions terroristes visaient précisément à prouver que, derrière la façade démocratique, se cachait un état policier et totalitaire.

Dans les Origines du totalitarisme, Hannah Arendt a expliqué que le système totalitaire commençait par l’occupation de l’espace privé. Les révélations d’Edward Snowden montrent que c’est chose faite. Il vaudrait la peine de relire Arendt pour vérifier si ses analyses continuent de s’appliquer dans ce qui nous préoccupe aujourd’hui. Je crains que ce ne soit le cas.

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Le vouloir, le faire et la course à pied

Il faut quand même que je vous dise qu’il se passe quelque chose d’extraordinaire dans ma vie. J’ai 62 ans. Je pèse 1,5 fois mon poids idéal (faites le calcul pour vous), je ne suis pas du tout sportif, et pourtant cela fait maintenant deux mois que je vais courir trois fois par semaine. Avec un immense plaisir. Malgré mon volume, malgré les genoux raides, malgré la peine et la sueur, j’y vais et c’est bon. Sitôt ma demi-heure d’entraînement terminée, je me réjouis de la suivante. Je cours à peine plus vite que je ne marche, mais qu’importe, je ne cherche pas la performance : je cherche à augmenter mon endurance. Et elle augmente.

Au début, j’ai cherché des endroits où je pourrais courir sans être vu, car j’ai honte de mon apparence. J’ai donc fait des va-et-vient sur un bout de chemin de campagne pas très loin de chez moi, en bordure de forêt, à peu près plat. Tôt le matin, il n’y a personne. Puis j’ai dû chercher quelque chose de plus long, de plus varié et j’ai trouvé un très bel endroit qui convient parfaitement à la course, mais avec le risque d’être vu. Le premier jour, j’ai rencontré un chat, que j’ai fait fuir, puis un paysan, qui a fait un détour avec sa tonne à lisier pour voir qui j’étais, et pour finir un blaireau. Ce matin, j’ai dérangé deux lièvres et j’ai revu la dame aux molosses : quatre gros chiens qu’elle promène sans laisse, incroyablement bien dressés : quand elle me voit approcher, elle les fait se coucher dans l’herbe et ils me regardent passer sans bouger une oreille. Tant mieux. Je préfère. La première fois, je n’étais pas trop rassuré, mais maintenant je sais que c’est elle la cheffe de la meute.

Une des clés de ces transformations est le programme Couch to 5k, autrement dit : du canapé aux 5 kilomètres. Bien fait, très progressif. J’ai choisi de m’en tenir aux durées et non à la distance, que je serais bien incapable de parcourir dans les temps indiqués. Puis mon cœur de geek a bondi quand j’ai trouvé l’application correspondante pour iPhone, avec coach intégré (Constance – mais vous pouvez préférer le zombie, le petit chien ou le sergent Block), enregistrement du parcours et des temps réalisés, suivi de la progression, le tout en écourant la playlist de votre choix. L’application n’est pas en français, les images sont moches et m’a fallu deux semaines pour la paramétrer à ma convenance, mais on s’en fout. J’ai suivi le programme scrupuleusement depuis le début et je peux vous promettre que j’ai eu davantage de peine en première semaine à courir pendant les périodes de soixante secondes que pendant 20 minutes ininterrompues samedi dernier (semaine 5, 3e jour).

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La clé principale est ailleurs. Je n’ai pas eu d’activité physique régulière depuis 30 ans et voici que, tout à coup, je décide de travailler au développement durable de ma santé – mieux vaut tard que jamais –, que je découvre ce programme, que je m’y tiens et que j’y trouve du plaisir. C’est totalement incongru, je ne me reconnais pas là-dedans, ce n’est pas moi. Alors quoi ? En deux mots, je crois que je vis l’accomplissement de Philippiens 2.13 dans mon propre corps : « c’est Dieu qui produit en nous le vouloir et le faire ». Je n’ai pas choisi de me remettre à courir et, l’eussé-je voulu, je n’aurais pas tenu. Mais il y a eu des prières. Et les choses se sont mises en place comme je l’ai raconté. Et j’y suis entré. Et ça continue…

Méfiez-vous des prières.

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